Aujourd’hui je suis réveillée par des douleurs et nausées que je n’ai pas eu depuis 9 mois. Retour des régles? Non. Accouchement. Endométriose mon amour… Enfin j’accouche pas là de suite mais le travail commence. Ca me rappelle mes règles. Un cauchemar pour moi, la preuve indubitable d’être une femme. Une souffrance mensuelle, menstruelle…
Pliée en deux, attendant que ça passe, je me revois, je ne compte plus le nombre de fois où, ado puis jeune femme, j’ai déjà vécu ça… La seule fois où j’ai raté les cours de ma vie (à part qd je séchais les cours bien sûr), c’était quand, un jour, j’avais eu particulièrement mal. J’en pleurais, j’en tremblais. Mon père croyait que je faisais du cinéma pour ne pas aller en cours. Ma mère est intervenue et ce jour là, pour la première et seulle fois de ma vie, je ne suis pas allée au lycée.
Après, je veux dire les mois suivants, soit je supportais mais fallait pas me parler ni rien me demander, soit je tombais dans les pommes. Une fois je ne voulais pas aller à la plage avec ma mère et mes frères.
– « Mais, j’ai mes règles! »
– « Mets un tampon! ».
Je résume parce que vu mon caractère et celui de ma mère, la dispute a dû durer bien plus. Mais, en gros, j’exagérais, je devais me soumettre à la sortie familiale, point final. Verdict? Le prof de français, qui était sur la plage aussi ce jour là, a dû me porter dans la voiture quand je suis tombée dans les pommes, parce que ma mère ne pouvait me porter… Classe hein?
Une autre fois, le prof d’anglais m’a envoyée à l’infirmerie parce que j’étais blanche comme un cachet d’aspirine… Passons sur le fait qu’il y avait 3 étages à descendre, et qu’il m’a envoyée seule… Arrivée en bas en luttant, je me suis effrondrée au pied des escaliers. Le proviseur, qui passait par là, m’a trouvée et a appelé le medecin scolaire qui a traversé le lycée en voiture pour me récupérer.
Et vous savez quoi? Selon les médecins et gynécologues, j’étais bien douillette « dis donc » et devais prendre la pillule. A 16 ans. Sans vie sexuelle. Ni acnée. Oui oui, juste parce que j’étais une femme à classer dans la catégorie des douillettes. Passons sur les effets « secondaires » de la pillule : prise de poids, rétention d’eau, dépression (+80% chez les ado…), risques cardiovasculaires (ouais, mais surtout si tu fumes. Bien sûr…) Mais bon. Une ado qui tombe dans les pommes, on lui file ça et elle arrête de nous faire chier. En gros.
Ben non messieurs-dames. Je refuse de prendre un traitement au seul motif que je suis née sans chromosone déficient. (Oui le chrosome Y dont sont si fiers ces messieurs est en fait un chromosome X déficient, il lui manque un morceau). Je ne vais pas me soigner d’être une femme. Je ne vais pas engraisser les labo pharmaceutiques toute ma vie, désolée. Je ne vais pas faire payer à la société des milliers d’euro pour prendre un traitement médical hormonal pendant 40ans au motif que je suis une femme. Désolée, messieurs ce n’est pas une tare.
Depuis je n’ai pas changé d’avis. On ne se soigne pas d’être une femme. Les médecins non plus n’ont pas changé d’avis. Je suis juste douillette, j’ai qu’à prendre la pillule comme tout le monde. Mes malaises sont moins nombreux cependant. En fait, je sais quand mes règles vont arriver à cause des nausées qui précèdent les saignements. Je me shoote alors au doliprane et ça limite la douleur. Je reste agressive et de mauvaise humeur, mais je ne tombe plus dans les pommes. C’est déjà ça.
Je ne vois plus non plus de gynécologues. Sauf quand je suis enceinte et encore j’y vais au dernier moment. Du coup, je vais occasionnellement en voir je ne parle même plus de mes malaises ou douleurs. Je me fais réprimander parce que je n’ai pas de suivi gynécologique. Oui, je suis une femme donc je DOIS être suivie médicalement. C’est pas normal tout ça. Ni de ne pas vouloir voir de gynéco, ni de devoir avoir une surveillance médicale parce qu’on est une femme. Ni l’un ni l’autre ne sont bons. Pour autant je sais que je ne suis pas malade d’être femme, que je ne suis pas douillette, qu’il y a un problème depuis 20 ans avec mes règles. Mais je n’ai jamais trouvé aucun médecin, qu’il soit généraliste ou gynécologue, à qui en parler.
Depuis peu, on parle beaucoup de l’endométriose. Je pense que je suis concernée… je devrais consulter. Bon je suis enceinte sur le point d’accoucher, mais il faudrait. Bizarrement quand même je ne me vois pas aller voir un toubib et lui dire « bonjour j’ai mon diagnostic soignez moi. » Je considère que dans un monde normal, c’est au médecin de savoir et de trouver ce qu’a le patient, celui/celle qui souffre. Mais depuis 20ans, on me dit et fait comprendre que c’est moi le problème, que c’est dans ma tête, que je suis chiante, que je dois dérégler un système hormonal mis au point par l’évolution sur des milliers, des millions d’années et parfaitement rodé, juste pour enrichir des labo pharmaceutiques, parce que c’est comme ça et que je dois me soumettre.
Vous savez quoi? Je préfère avoir mal dans mon coin, qu’être ainsi méprisée ainsi par le corps médico-pharmaceutique. Mais un jour, je trouverai un médecin moins con que les autres. Ca doit bien exister quelque part… Et depuis j’ai deux accouchements sans péridurale à répondre au méprisable et méprisant « vous êtes bien douillette, vous, dites-donc!« .
Article écrit à la maternité l’an dernier, mais pas posté. Bizarrement j’avais autre chose à penser…
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