Cet article est en fait un message que j’avais commencé en réponse à un article d’une blogueuse concernant le diagnostic de sa fille. Je ne peux pas lui dire comment s’en sortir avec un mini-zèbre. Par contre je peux lui dire ce qui s’est passé pour moi, ce qui n’a pas fonctionné, ce qui m’a blessée, ce qui m’a retranchée dans une imposture.

 

 

Voici quelques conseils d’une zébrette non détectée enfant, qui a fini par aller une psy pendant des mois alors qu’elle était à deux doigts de péter sérieusement un câble . En gros voici ce qui s’est passé avec moi qui n’a pas été très productif, ce qui sera à éviter.

 

 

Règle n°1 : Respecte son âge! Toujours!

 

Ta fille a 8 ans, pas 12 ni 4. Ca sera parfois difficile pour toi et ton entourage, mais n’oubliez pas son âge réel, et non celui qu’elle pourrait avoir tellement avancée ou au contraire qu’elle pourrait avoir parce qu’elle est tellement sensible.

 

Disons que si sa sensibilité est un avantage pour comprendre les choses, c’est aussi un problème parce qu’elle comprendra les choses, souvent sans en avoir tout à fait conscience et risque de s’enfermer dans le rôle dans lequel vous la voyez : être grande si vous la projetez plus grande, être bébé si vous la projetez comme telle. C’est un mécanisme de protection et d’adaptation. Chez pas mal de zébres, ce mécanisme permet de se cacher de se fondre dans la masse des gens normaux (oui, les zébres sont anormaux) et de se perdre finalement (ého? Je suis là? ou ici?). Parce que aussi adaptables qu’on puisse parfois se montrer, à jouer à ne pas être nous, ben on oublie d’être nous. Pas si intelligent que ça les zébres, hein?

 

Bref, projeter une image d’une petite fille de 12 ans sur ta fille alors qu’elle en a 18… Il est possible qu’elle te conforte dans cette idée que tu te fais d’elle en s’éloignant, se fermant aux sujets « classiques » des adolescentes. Mais la question à laquelle il te faudra être viligeante est : est-ce un réel et profond désintéret de sa part pourles garçons et la mode le maquillage et les boys-bands, est-elle vraiment pas mure, ou bien est-ce une image qu’elle se construit pour se rassurer de correspondre à limageque j’ai d’elle?  Est-ce qu’elle cherche à rentrer dans la case où je voudrais qu’elle reste, ou bien elle reste vraiement dans cette case même si je l’aide à en sortir? Je pense que le fait d’avoir détecté ta fille et de savoir ce qu’elle est te rendra de toute façon vigilante à cela.

 

Règle n°2 : Elle sait! Mais elle ne sait pas pourquoi ni comment

 

Autre point dont j’ai souffert enfant, c’est de ne pas être crue quand je disais savoir des choses, et même si je le démontrais, on mettait ça sur la chance.  Le soucis des zébres, c’est que parfois, le cerveau fonctionne et réfléchit sans qu’on aie accès aux informations de traitement. Il nous donne un résultat, on sait que c’est le bon, mais on est incapable d’expliquer pourquoi, parce que le cerveau fonctionne en mode boite noire en quelque sorte, même pour nous.

 

Bref, parfois oui ce sera peut-être de la chance, parfois si elle dit qu’elle le sait mais qu’elle est incapable de dire pourquoi ou comment elle le sait, ben c’est peut-être juste parce que ce sera le cas et pas parce qu’elle cherche à se faire remarquer ou qu’elle a de chance. L’aider à reconstruire le raisonnement peut peut-être l’aider à prendre conscience de ça. Tu as peut-être vu un reportage ou lu un article à ce sujet. Tu as d’autres info qui te reviendraient?  Ou tu avais peut-être vu l’ombre ou le panneau, ou tel indice?

 

Mais en tous cas la décrédibiliser, ça marche si tu veux qu’elle rame avec sa confiance en elle et ses capacités. ^_^ (technique qui marche avec tout le monde en fait zèbre ou pas).

 

Règle n°3 : Dis-lui la vérité. Toujours!

 

Ta fille saura toujours que quelque chose « cloche ». Elle saura que tu ne lui dis pas tout. Et elle finira par savoir ce que tu ne lui dis pas. A toi de choisir comment tu veux qu’elle apprenne les choses, bonnes ou mauvaises. Elle saura qu’elle est différente. Elle ne saura pas toujours l’expliquer. L’avoir fait détectée est une bonne chose. Le lui cacher serait une plutôt mauvaise chose.

 

En fait, en maternelle, on a voulu me faire sauter une classe, mes parents ont refusé. A l’entrée au collège, la prof principale avait prévenu mes parents que selon les tests d’entrée, j’étais bien au-dessus de la classe et que mon classement au milieu de la classe était pas normal. Mais je l’ai appris bien aprés, au milieu d’une conversation banale, comme elle m’aurait dit que j’avais fait telle ou telle bétise. Vraiment plus tard. Et ça ne l’a pas interpeler. Par deux fois, le système scolaire a alerté mes parents qui ont choisi de ne pas m’en parler.

 

Non pas que la décision de suivre une parcours classique soit une erreur, mais ne pas me parler de ces anomalies, anomalies que je vivais et que je ne comprenais pas, anomalies que je pensais être de ma faute, ça, ça c’était une erreur. Savoir clairement que le décalage que je ressentais était réel et non pas une construction de mon imagination, ça ça m’aurait aider. Même si j’avais dû l’apprendre à 20 ans de leur part. Ca aurait été un soulagement de comprendre.

 

Ca aurait été un soulagement de pouvoir leur en parler. J’aurais voulu ne pas avoir honte de dire à mes parents que j’ai dû aller voir une psy pendant des mois parce que j’en pouvais plus. J’aurais voulu ne pas avoir l’impression que si je leur disais que mon adolescence difficile et mes problèmes de personnalité et de caractère venaient du fait qu’ils n’en pas juger bon d’écouter le système scolaire ni de m’en parler.

 

De la même façon, ne lui dispas que son poisson rouge est parti en vacance hein… Ou que le chat a juste disparu… Ou qu’elle est trop jeune pour aller à l’enterrement de son camarade (en maternelle et alors? Lui n’était pas trop jeune pour être malade).

 

Règle n°4 : Ta fille sera toujours ta fille

 

Ta fille sera quelqu’un de génial et même si tu te plantes, elle t’en voudra pas parce qu’elle saura que tu as fait au mieux avec les informations que tu avais et les moyens que tu avais. Et que tes erreurs lui auront permis d’être là où elle sera à chaque instant. Que chaque changement, chaque chose que tu aurais pu faire autrement, auraient au final conduit à une construction différente de sa personnalité, de ses choix et sa vie. Qu’elle n’aurait pas connu ses amis, qu’elle n’aurait pas eu ce fils génial, si un jour d’été pour la cent-vingt-millième fois tu ne lui dis pas qu’elle va grossir à force de prendre de la glace tous les jours.

 

Oui elle te reprochera des tas de choses. Mais qui n’a rien à reprocher à sa mère? Après tout, passée leur anormalité, les zèbres sont juste des gens normaux.

 

PS : Règle n°5 : ouvre-lui son champ des possibles

 

Un dernier truc qui peut aider : aide-la à trouver SON truc. Que ce soit la danse, la philosophie, le ping-pong ou la broderie ou même la cuisine ou les math. Un zèbre est capable de beaucoup de choses. Il a beaucoup de capacités et de ressources. S’il trouve un truc qui retienne son attention en particulier, il peut devenir très brillant et s’y éclater à fond. Et non je ne parle pas forcément d’une activité intellectuelle. Certains zèbres sont de grands sportifs, si tu peux lui ouvrir un maximum son champ des possibles, ce serait génial pour elle. Parce que de tout de façon si tu ne le fais pas maintenant, elle le fera plus tard avec tous les inconvéniants que cela peut avoir quand on commence à travailler. 🙂

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