Voilà, 2016 se finit. Carrie Fisher est morte. Je ne suis pas enceinte de mes jumeaux (oui une conviction profonde depuis que je suis gamine que j’aurais des jumeaux. Manque de bol, il/elle est tout seul.e. Dommage je voulais les appeler Luc et Leia…). Ah et surtout je n’ai pas sombré, je dirais même que depuis quelques temps je me sens en paix avec moi-même et mes rayures.

Princesse Leïa, une grande pertubation dans la Force nous avons sentie

 

Pourquoi ce changement? Cette évolution, enfin, tant attendue. L’acceptation. Déjà, on ne la décrète pas. Un beau jour (ou plutôt une nuit, prés d’un lac…) on se rend compte que voilà. Voilà. Voilà c’est fait, on est posé, on n’a pas tergiversé depuis plusieurs jours, semaines. On a avancé. On se retourne et on voit qu’on est loin. Alors oui, on sait aussi qu’on a toujours des phases où on se cache, où on se réduit, on fait comme tout le monde. Mais on se rend compte aussi qu’on fait de moins en moins semblant. Qu’on dit plus souvent ce qu’on a à dire. Et que les gens, finalement, nous apprécient aussi pour ça.

 

On se rend compte aussi qu’ils sont comme nous. Seuls dans leur tête, cloîtrés dans des convictions sur ce qu’ils doivent être et non ce qu’ils sont. Qu’ils soient zébrés ou non. Et qu’ils nous connaissent, nous reconnaissent toujours quand on accepte de se laisser guider par ses rayures. Ils ne sont pas surpris qu’on sache autant et au contraire, nous relancent sur le sujet en quête d’informations, ou de confrontation d’idées qu’ils n’espèrent pas vraiment, ils nous défient sur des sujets, ils se laissent aller à leur propre folie, leur bizarrerie, leurs rayures parfois ressortent. Libérant deux personnes d’une prison de préjugés totalement intégrés et assimilés qui petit à petit sont enfin rejetés.

 

Le faux self s’estompe. L’image qui m’est venue à l’annonce de mon diagnostic était une tour. Une vieille tour de magicien, de pierre de taille massive qui s’écroulait sous le poids de ses travers. Enfin pas vraiment parce que je voyais les pierres de cette tour volaient autour de la tour devenue inexistante. Flottaient en attente de repositionnement, pas en tas au sol. Je savais qu’il me fallait reconstruire ma tour. Repositionner chaque pierre dans le bon sens. Comprendre les événements de mon passé correctement. Oui j’ai toujours de la 6eme à la fin de mes études eu 13 de moyenne. Ni bonne, ni mauvaise. Toujours. Chaque année (enfin honnêtement, en prépa en bizuth j’avais pas 13, mais je restais dans la moyenne relative par rapport aux autres). Je n’ai jamais senti de différence entre les niveaux scolaires (comment ça y’a un fossé entre la seconde et la première? La prépa c’est super chaud? Ha bon???) Tout a glissé comme l’eau sur les ailes d’un canard. C’est normal. Maintenant je le sais. Je l’assume (enfin presque). J’ai replacé les pierres de ma tour peu à peu.

Mon état aprés le diagnostic de douance

 

Je me suis toujours le plus épanouie dans l’hyper-activité et l’organisation. Mais c’était MON organisation interne à moi, que je ne partageais pas. Si je paraissais brouillon et désorganisée pour les autres, c’est normal. Ils étaient juste incapables de comprendre ce qui moi me paraissait tellement limpide qu’inexpliquable. Je le sais, le comprends maintenant. L’image que je m’étais collé de catastrophe de fille bordélique et non organisée, c’était pas moi. Et c’est aussi en essayant d’être comme je pensais qu’on me voyait, que j’ai fini par péter un câble. Je dois maintenant partager mon organisation (putain de travail en équipe!) et je me rends compte de la difficulté à faire sortir les choses. A transcrire, transposer de façon rationnelle et intelligible ce qui m’est tellement fluide, évident et en fait totalement intuitif. C’est comme expliquer pourquoi on a la bonne réponse. Elle est juste là bordel! Vous la voyez pas?! Je sais bien que non, mais pour moi, pour nous Zèbres, certaines choses sont tellement évidentes qu’elles en sont intransmissibles, inexpliquables sans un effort considérable, peut-être même supérieur à celui qu’il faudrait à un « normopensant » pour arriver à cette même bonne réponse de façon séquentielle (les gens pensent de façon séquentielle. Une étape puis l’autre. Les Zébres… On pense partout à la fois!). Reproduire un raisonnement qui n’est pas le sien à postériori est très compliqué. Pour tout le monde. Et c’est pourtant la clé.

 

Du coup, je tente de transposer mon esprit farfelu, expansif, débordant dans des cases compréhensibles. Ca reste compliqué. Penser chaque jour à remplir une case. Des cases. Je préfèrerais tellement rêver… Mais bon. Petit à petit j’ai installé des routines. J’en deviens maniac des fois. Mais j’avance. Je parviens à canaliser mon énergie, à me contraindre à des mécanismes plus classiques pour faciliter les échanges. Oui j’aime me faire des plannings avec des plages de 5min. Et alors? Je vous emmerde. C’est normal, ça me rassure. Vous avez besoin d’une échelle plus large? Je vous retranscris le truc. Ca prendra 10 min dans mon planning. Et je vous emmerde. Et j’accepte de vous emmerder. Parce que mon échelle de temps n’est pas la même que la votre. En 5 minutes je peux faire beaucoup de choses. Ou très peu, ça dépend. Et que c’est comme ça. Un point c’est tout. Ca ne vous empèche pas de travailler, et moi ça m’aide alors merde, trouvez moi bizarre, anormale autant que vous le voulez. Vous avez raison, je le suis. Et alors? Et alors je me rends compte que les moments où j’étais bien, j’avais déjà adopté cette stratégie. J’ai retrouvé des carnets qui avaient 10 ans avec mes plannings, jour par jour. Et j’avais oublié ça. Complétement effacés de ma mémoire ces instants et ces stratégies, et même ces centres d’intérêts qui me correspondent.

 

Ce qui m’interpèle encore dans mes rayures, ce sont ces retours en arrière que je fais. Avant, je me foutais qu’on me trouve bizarre. Sincèrement, ça me passait dessus. Et puis, un jour, ça n’a plu été le cas. J’ai commencé à vouloir être normale. J’ai à périodes différentes de ma vie développé des faux-selfs, des prisons mentales d’où je me sabordais à petit feu. Je m’en suis sortie, puis retournée volontairement. Des aller-retours je n’arrive pas à comprendre encore. Mais que j’ai identifiés et analysés. Ces souvenirs vus à travers ce nouveau prisme rendent les choses différentes. Je vois les barreaux de ces prisons que je m’étais construites inconsciemment. Je comprends que certains points n’étaient pas moi du tout, et que bien au contraire, ce qui est du vrai moi, j’ai essayé de mes prisons à chaque passage de les gommer. De les effacer, de rayer toute trace et souvenir de bizarries.

 

Au détour d’un souvenir enfoui, caché, enfermé dans une boite, elle-même enfermée dans un carton puis une valise, je me suis dans cette année redécouverte. En déménageant, j’ai ouvert des cartons, redécouvert des éléments que j’avais enfermés et mis hors de vue. Des éléments du vrai moi. J’ai remis en place beaucoup de choses. Les pierres de ma tour sont stables, je crois, cette fois. Je les ai repositionnées correctement. Chaque pierre est un souvenir. Chaque souvenir un apprentissage. Une part de moi. Mes constructions et déconstructions par les faux-selfs avaient finis par sérieusement ébranler celle que je suis. De pensées en rêves, d’analyses en réflexions, j’ai reposé mes pierres, mes souvenirs. Dans le bon sens, cette fois. Sans ressentiment, sans haine, sans frustration. Je suis quelqu’un de droite. Je dis ce que je pense. Je n’ai pas été livrée avec le filtre « diplomatie ». Je ne sais pas l’utiliser. Je n’en veux pas. Je travaille encore à redire tout ce que je pense. J’ai appris à ne dire que le négatif, sans dire le bien que je pense, ce qui n’aide pas les relations et qui explique sans doute les faux-selfs. C’est une chose à travailler, mais que je choisis sciemment de travailler et que je sais ne pas être contrenature. Pas comme me taire ou nuancer.

Ma tour, ma personne (bon en fait c’est une tour dont vous avez l’historique ici : http://www.montjoye.net/vignory-donjon-tour-chateau mais vous avez compris l’image)

Quand à mes faux-self, je ne sais pas trop. Ils font quand même parti de moi, ils disent quelque chose de moi et certains ont laissé des traces profondes que je n’ai pas envie de renier. Pratique parfois de pouvoir endosser des peaux différentes. De se fondre parfois dans un monde, un milieu. Je ne sais pas comment les garder en partie sans me compromettre. Je trouverai bien une solution. J’ai encore 2 trimestre et un congé mater pour me fixer. En attendant je peux mettre ça sur le dos des hormones. Ah oui. Je suis enceinte.

Partagez-le!