Voilà ça fait 9 mois que ce je sais être une Zèbre. Le temps d’une grossesse (encore une…) Elle a été aussi chiante que la précédente, beaucoup de remise en question, de peur, d’envie de fuir, que tout s’arrête (genre le temps se fige comme dans Xmen)… Se savoir Zèbre, finalement, ça a changé quelque chose?

 

Au final qu’ai-je appris? A vrai dire, pas grand-chose. Je me savais fondamentale différente. Je me savais pas couillone. Je me savais hyper créative, que je ne pouvais pas me focaliser sur une seule chose. Je me décrivais comme une « pieuvre-camembert » : je m’étale partout où je pense. J’explore dans toutes les directions. Mais avant, avant le diagnostic, je me mettais des limites. Un plafond de verre. Non, une cage. Je n’osais pas, pas dire ce que je pensais, ce que je ressentais, pas faire tout ce que je voulais parce que… parce que ça faisait beaucoup et que j’avais peur de me perdre de m’éparpiller. Aprés tout, c’est un risque, c’est ce qui arrive aux gens quand il font plusieurs, trop de choses à la fois.

 

Mais moi, je suis différente. Pas meilleure, pas pire, loin de là. Juste différente. J’ai commencé à écrire cet article il y a presque 1 mois. Je n’ai pas pris le temps de le finir. D’autres projets, d’autres envies. D’autres blessures aussi. Cela dit, maintenant que je sais que ma cage est trop petite pour moi, je l’ai agrandie mais pas je ne me suis pas encore échappée.

 

Se savoir Zèbre et laisser son esprit déborder

 

Ce soir en cuisinant (escalope milanaise maison, courge sphagetti au fromage et mélange de céréales si ça interesse quelqu’un), en cuisinant donc, j’ai fait mon analyse personnelle. Comme régulièrement. En général quand je cuisine, je me cuisine. Tous les sens en éveil et au travail, le meilleur moment pour me concentrer sur moi-même.

 

Entre l’odeur de chapelure et de beurre roussi, je me félicitais de me « renourrir » en me remettant à lire. J’ai par un hasard facebookien candidaté pour entrer dans un comité de lecture. J’ai lu depuis 3 bouquins en 2 semaines. Presque mon rythme normal. Normal d’avant. Ou plus exactement, mon rythme de quand j’ai seule avec moi-même. Une trop courte période. Entendons-nous bien, quand je dis seule avec moi-même, je n’étais pas seule, solitaire. J’avais des amis, des sorties, des soirées, des cours, des associations, un petit-ami, un boulot, … Mais je vivais seule. Dans une cage à lapin. Au dessus d’autres cages à lapin, écrasée par d’autres cages à lapins, et coincée entre d’autres cages. Bref, en résidence universitaire quoi.

 

Pourquoi à ce moment je me sentais libre? C’est une bonne question. Peut-être parce que j’avais la liberté de m’exprimer, d’avoir ma chambre à mon image, avec mon « foutoir » (je préfère dire système de classement aléatoire optimisé par la verticale ou classement par strate), avoir mes trucs et mes bidules sous la main, quitte à encombrer et à jeter deux voitures pleines en partant.

 

Au final, je me suis interrogée sur pourquoi je m’étais coupé les ailes (ou plutôt les tentacules). Parce que ce que je savais, c’est que le problème venait de moi. Pas des autres. Mes parents m’avait mise dans une boite. J’en étais sortie. Et je, moi, moi toute seule, je me suis fichue dans une boite encore plus étriquée. Pourquoi? Cette question m’a beaucoup pertubée. Pourquoi me bonzaïfiée? Pourtant, le bonzaï est un cas de torture végétale contrôlée. On impose à une plante pouvant être immense de rester petite. Mais pourquoi diable me suis-je rabougrie? Pourquoi me cacher de moi-même?

 

Se savor Zèbre, ne plus se cacher.

 

A réfléchir, encore et encore, je pense que je me suis trompée quand j’ai emménagé avec mon compagnon. Je me suis trompée en me mettant en dessous de lui. J’ai rangé mes affaires dans des cartons, j’en ai jeté des caisses entières (souvenez-vous les deux voitures…), j’ai même donné les deux tiers de ma bibliothèque! Je me suis limitée. Limitée physiquement, limitée intellectuellement (Vraiment? Un boulot de bureau? Sans imagination? Sans défi?).

 

J’ai voulu rentrer dans un rôle, une vie qui n’étaient pas les miennes. Personne, ne m’y a contrainte, juste moi. Juste moi et mes croyances. Il faut faire comme ci, comme ça. Non pas ça. Ca ne se fait pas. Et j’ai pété un câble. Face au potentiel de mon mini-zèbre, j’ai reçu une giffle, un rappel froudroyant de ma condition, de mon gâchis. Je voulais juste disparaitre. Juste plus rien. Un passage à niveau. Si je ne m’arrête pas? Là j’ai décidé de voir quelqu’un.

 

Aprés deux ou trois séances, elle a abordé la douance, a été surprise que je ne sois pas diagnostiquée. Vouloir vivre au moyen-âge ou à Renaissance quand on a 12 ans, juste parce que le niveau des connaissances à cette époque permettait d’envisager de maitriser toute la connaissance, alors que ce n’était pas possible à notre époque et en être malade, parait que c’est pas bon signe en général. Enfin… Pas bon, pas bon… Pas bon si non pris en charge. Parait qu’on finit par devenir fou, ou dépressif. Ou suicidaire. Ou tout autre travers dans lesquels les Zèbres masqués ont une facilité à glisser (ce qui explique le taux imporatnt de Zébres dans les services psychatrie par rapport aux gens normaux).

 

Bref, pour en revenir à ma psy et son hypothèse (voire conviction) j’ai mis du temps à accepter de faire le test. Mais finalement, une parole de mon frère m’a permis de me décider. Si je fais voir quelqu’un pour trouver des réponses et des solutions, pourquoi je refuse la réponse? Surtout si elle n’est pas encore donnée mais juste envisagée à ce stade. Alors j’ai fait ce test. Aprés quelques nuits catastrophiques avec un bébé sujet aux terreurs nocturnes.

 

Ce qui me gènait? C’est l’absence de mode d’emploi. Si je me découvre zébre, je fais quoi? Je fais comment? Elle m’a aidé à résoudre certaines blessures à reprendre en main certaines choses en moi, mais de mode d’emploi point l’ombre d’une ligne. Je cherche encore. Au final, se savoir zèbre n’a pas changé beaucoup de choses. Juste une. Mais une chose fondamentale ; il est normal que je sois anormale.

 

C’est devenu mon mantra, ma devise. Il est normal d’être anormale. Il est normal de s’ennuyer, juste je suis « surdimensionnée », alors je prends sur moi et j’évacue la frustration, parce qu’elle est normale. Alors je m’occupe. Je fais des choses. Je me suroccupe. Parfois, pas si souvent. Je rêve. Beaucoup.

 

Il est normal d’être anormale. Normal de commencer une chose et la lâcher une fois la fin en vue. Parce que le challenge est vaincu, l’intérêt s’éteint. Parce que d’autres choses deviennent plus intéressantes. Il est normal de lâcher. Alors il faut aussi lâcher la culpabilité. Parce qu’il est normal d’être anormale.

 

C’est la seule chose qui a changé. Lâcher prise sur la frustration et la culpabilité. Elles sont normales et engendrées par ma différence. Je ne peux pas agir sur la différence, ma différence. Je peux agir sur la frustration. L’éviter ou la réduire ou l’évacuer. Je ne parviens pas encore à l’éviter. Je dois encore travailler à m’activer à multiplier les activités. J’ai perdu trop longtemps l’envie. Je la retrouve peu à peu mais je ne retrouve pas toute la motivation. Pas encore. Mais ça viendra. Je le sais, je le veux. Voilà. Avant je disais que j’avais tout ce que je voulais, juste parce je le voulais et que je m’en donnais les moyens. Et c’était vrai. Je dois juste retrouver cette voie. Cette envie, ce souffle. Et redevenir une tornade.

 

Voilà ce que se savoir zèbre change. Le regard qu’on a sur soi-même, sur nos frustrations, nos ennuis, nos lassitudes. Elles sont normales. A notre charge de faire quelque chose de cela.

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